À Kampala, la crise post-électorale prend de l’ampleur. Tandis que Yoweri Museveni revendique un nouveau mandat avec 72 % des suffrages, son rival Bobi Wine rejette les résultats et appelle à une mobilisation citoyenne, hors du terrain judiciaire.
Cette séquence révèle un pays fracturé, où la question de l’après-Museveni cristallise tensions politiques et luttes d’influence.
Le conflit électoral et la rupture de confiance
À 81 ans, le président Museveni s’est proclamé vainqueur du scrutin du 15 janvier avec près de 72 % des voix. L’opposant Bobi Wine, crédité de 25 %, dénonce des fraudes, évoquant notamment du bourrage d’urnes et des manipulations de procès-verbaux — sans fournir de preuves publiques à ce stade.
Refusant de saisir les tribunaux, Bobi Wine justifie son choix par une absence totale de confiance envers la justice ougandaise, qu’il décrit comme « capturée » par l’exécutif. Depuis un lieu tenu secret, il assure avoir dû fuir après un raid policier contre son domicile, où sa famille aurait subi des restrictions d’accès à la nourriture, des coupures d’électricité et une surveillance renforcée.
Pour l’opposant, la contestation se poursuit désormais par « toutes les voies légales » hors du cadre judiciaire, marquant un basculement vers une mobilisation citoyenne.
Menaces, tensions et lutte pour la succession
La crise politique s’est aggravée avec les interventions en ligne de Muhoozi Kainerugaba, fils du président et chef des forces armées. Connu pour ses prises de position provocatrices, il a publié des messages visant Bobi Wine, interprétés par l’opposition comme de véritables « menaces de mort ». Les insultes et attaques verbales ont renforcé les critiques autour de son rôle, perçu par certains comme une tentative d’intimidation politique.
Muhoozi avait annoncé une candidature pour 2026 avant d’y renoncer, après sa nomination à la tête de l’armée en 2024. Sa figure demeure centrale dans les spéculations sur l’après-Museveni, aux côtés d’autres personnalités influentes du régime, dont Salim Saleh, frère du président.
Cette recomposition au sommet se déroule sans désignation officielle d’un successeur, laissant ouverte la bataille interne qui façonnera l’équilibre du pouvoir.
Opposition sous pression, institutions verrouillées
De son côté, le gouvernement accuse l’opposition d’alimenter un climat insurrectionnel et décrit certains militants comme « terroristes ». La ligne officielle reste ferme : la victoire est jugée légitime et les contestations perçues comme une menace pour l’ordre public.
L’Union africaine souligne qu’elle n’a pas observé d’irrégularités majeures dans les bureaux qu’elle a suivis, tout en critiquant la coupure d’internet imposée durant plusieurs jours pendant le vote.
La séquence révèle un rapport de force asymétrique : un pouvoir appuyé sur l’armée et l’appareil d’État face à une opposition jeune, connectée mais privée de leviers institutionnels — un contraste structurant pour l’avenir démocratique du pays.
L’Ouganda entre dans une phase décisive. Le retrait de Bobi Wine du terrain judiciaire symbolise une crise de confiance profonde : pour une partie de la société, les institutions ne constituent plus un recours. La prochaine échéance majeure, en 2026, se jouera autant dans les rues que dans les cercles fermés du pouvoir, où se prépare la succession de Museveni.












