À l’approche du scrutin du 15 janvier, le climat politique ougandais s’asphyxie sous les gaz lacrymogènes et les tactiques de harcèlement contre l’opposition. Bobi Wine, figure de proue de la contestation, incarne une lutte périlleuse face à un Yoweri Museveni déterminé à prolonger son règne de quatre décennies.
Bobi Wine : Faire campagne en gilet pare-balles
Pour Kyagulanyi Ssentamu, plus connu sous son nom de scène Bobi Wine, la conquête du pouvoir n’a rien d’un exercice démocratique classique. Le candidat de 43 ans est contraint de porter un casque et un gilet pare-balles pour espérer survivre à ses propres rassemblements. Malgré cet équipement, il reste exposé aux nuages de gaz lacrymogènes qui escortent systématiquement ses déplacements. Le leader de l’opposition dénonce une élection désormais passée sous le contrôle total de l’armée, citant la mort d’au moins trois de ses partisans, dont l’un a été abattu par les militaires et un autre écrasé par un convoi de l’armée.
Traqué par des dizaines de véhicules de sécurité, Bobi Wine fait face à une « campagne de répression brutale » selon Amnesty International. Alors que le pouvoir en place justifie l’usage massif de gaz lacrymogènes — le président Museveni les jugeant préférables aux balles réelles pour disperser « l’opposition criminelle » — le candidat du peuple exhorte ses partisans au courage. Pour lui, l’objectif du scrutin dépasse la simple victoire dans les urnes : il s’agit d’un « vote de protestation » destiné à révéler au monde l’absence de respect pour les principes démocratiques en Ouganda.
L’Ouganda face au spectre d’un pouvoir héréditaire
Au pouvoir depuis 1986, Yoweri Museveni brigue un septième mandat dans un pays de 45 millions d’habitants qui n’a jamais connu de transfert pacifique du pouvoir depuis son indépendance. Après avoir supprimé les limites d’âge et de mandat, l’ancien chef de guérilla semble désormais préparer le terrain pour son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, actuel chef de l’armée. Cette perspective d’un régime héréditaire inquiète d’autant plus que les rivaux historiques, comme Kizza Besigye, sont emprisonnés ou neutralisés par des accusations de trahison.
La domination de Museveni s’appuie sur un appareil sécuritaire omniprésent qui, selon les observateurs, transforme l’élection en un simple rituel de maintien au pouvoir. Face à cette machine, Bobi Wine dispose d’un levier puissant : une popularité immense chez les jeunes urbains. En 2021, il avait déjà capté 35 % des suffrages, infligeant au président son plus bas score historique (58 %). Pour le régime, cette menace est perçue comme une ingérence étrangère, Museveni n’hésitant pas à qualifier son adversaire d’agent au service d’intérêts extérieurs malveillants.
L’issue du 15 janvier semble déjà scellée par la force, entre coupures d’internet et intimidations judiciaires, comme en témoigne l’arrestation récente de la figure de la société civile Sarah Bireete. Pour l’Ouganda, l’enjeu n’est plus seulement de savoir qui dirigera le pays, mais si l’idée même de démocratie constitutionnelle peut encore y survivre.












