La réception officielle d’Andry Rajoelina par le Roi Mswati III, le 6 février au palais de Lozitha, a déclenché une vive riposte des autorités malgaches. Dans un communiqué ferme, la présidence de la refondation de la République fustige un acte jugé attentatoire à la souveraineté nationale.
Une rencontre diplomatique qui embrase le débat politique
Vendredi 6 février 2026, Andry Rajoelina, ancien président de la République, a été officiellement accueilli par le Roi Mswati III en Eswatini. L’information, relayée notamment par le média en ligne Eswatini Positive News, précise que la rencontre s’est tenue au palais de Lozitha, en réponse à une invitation du souverain.
Selon ce média, l’entretien s’inscrivait dans le cadre des responsabilités du Roi Mswati III en tant que vice-président et futur président de l’Organe de coopération politique, de défense et de sécurité de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), également appelée Troïka. L’annonce de cette audience a rapidement suscité une forte réaction à Madagascar, où l’événement a largement circulé sur les réseaux et dans la presse.
Antananarivo parle d’atteinte à la souveraineté
Dès le lendemain, la présidence de la refondation de la République a publié un communiqué exprimant une « condamnation ferme » face à ce qu’elle qualifie d’« accueil officiel » accordé à l’ancien chef de l’État.
Le texte estime qu’« un tel acte constitue une atteinte grave à la souveraineté de l’État malgache et un mépris des principes de justice, de responsabilité et de respect dus à un peuple meurtri et privé de ses droits fondamentaux durant la période du régime d’Andry Rajoelina ». L’institution rappelle par ailleurs qu’Andry Rajoelina a été déchu de sa nationalité malgache, soutenant que « toute tentative de le présenter comme une figure représentative ou légitime de Madagascar est, à ce titre, juridiquement infondée et politiquement inacceptable ».
Le communiqué ne mentionne pas l’appel au « rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel en République de Madagascar » qu’aurait lancé le Roi d’Eswatini à l’issue de la rencontre, selon Eswatini Positive News. En revanche, la présidence insiste sur les conclusions de la dernière mission d’évaluation de la SADC, affirmant que « l’État s’emploie résolument à restaurer le calme, la stabilité et la réconciliation nationale ».
La SADC au cœur des équilibres régionaux
Au-delà de la polémique bilatérale, l’affaire met en lumière les mécanismes diplomatiques internes à la SADC. La présidence malgache considère que « le geste posé par le Royaume d’Eswatini apparaît comme un facteur de trouble et de perturbation du processus en cours, affaiblissant les dynamiques de paix et fragilisant la confiance régionale ». Elle ajoute que Madagascar, engagé « avec l’accompagnement de la SADC » vers un retour à l’ordre constitutionnel, « n’a aucunement besoin d’un tel acte de déstabilisation de la part d’un membre de sa communauté ».
Dans cette optique, une « lettre officielle » a été adressée au secrétariat de la SADC ainsi qu’à Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud et président par intérim de l’organisation régionale, afin de leur faire part des « préoccupations majeures de l’État malgache ».
De son côté, la presse eswatinienne rapporte les déclarations de Thulisile Dladla, vice-Première ministre d’Eswatini. Celle-ci affirme que la rencontre s’est déroulée dans le respect strict du protocole de la SADC, lequel prévoit qu’un chef d’État destitué de manière inconstitutionnelle puisse présenter ses explications. Elle indique également que le Roi Mswati III aurait, avant l’entretien, consulté Arthur Peter Mutharika, président du Malawi et président de l’Organe de la SADC pour la coopération politique, de défense et de sécurité, ainsi que Cyril Ramaphosa. Selon elle, ces échanges visaient à garantir la conformité de la démarche avec les procédures diplomatiques régionales établies.
Une crise aux implications régionales
Au-delà du cas Rajoelina, cette séquence illustre la sensibilité des transitions politiques au sein de l’espace SADC et les tensions que peuvent provoquer les initiatives diplomatiques entre États membres. Entre souveraineté nationale et mécanismes régionaux de médiation, l’équilibre demeure fragile.
Pour Madagascar comme pour la SADC, l’enjeu dépasse la polémique : il touche à la crédibilité des processus de stabilisation et à la cohérence des positions au sein de la communauté régionale.












