Six mois après l’adoption d’une réforme fiscale ambitieuse, les effets se font durement sentir à Addis-Abeba.
Conçue pour renforcer les recettes publiques, la nouvelle politique fiscale frappe de plein fouet les petits commerçants déclarés, déjà fragilisés.
Une réforme pensée pour booster les recettes de l’État
Adoptée en juillet 2025 par le Parlement éthiopien, la réforme fiscale visait à moderniser le système de collecte de l’impôt et à accroître les ressources publiques. L’objectif affiché était clair : atteindre 1 200 milliards de birrs de recettes lors du dernier exercice fiscal. Pour y parvenir, les autorités ont intensifié la pression sur les acteurs économiques intégrés au système formel.
Dans les faits, ce sont principalement les petites et moyennes entreprises déclarées qui se retrouvent en première ligne. Selon l’économiste et rédactrice pour Business Review Magazine, Hayat Fedlu, la stratégie fiscale actuelle cible avant tout les entreprises visibles et enregistrées, tandis qu’une grande partie de l’économie continue d’échapper à l’impôt en opérant dans l’informel.
Des commerçants étranglés par une fiscalité jugée excessive
À Kotebe, un quartier d’Addis-Abeba, Assefa tient une petite épicerie depuis quatre ans. Comme beaucoup de ses pairs, il constate une explosion soudaine de ses charges fiscales. En 2025, il affirme avoir payé entre 25 000 et 30 000 birrs de taxes, contre seulement 3 000 à 5 000 birrs l’année précédente.
« Quand j’ai vu ces montants, j’étais dévasté. Ça m’a énormément stressé. Cette politique détruit les petits business », confie-t-il, expliquant qu’il devient impossible de s’acquitter de telles sommes tout en maintenant une activité rentable. Son témoignage illustre une réalité partagée par de nombreux petits commerçants, pris dans un étau fiscal de plus en plus serré.
Formalisation forcée et effets pervers du nouveau système
Au cœur du problème se trouve la nouvelle méthode d’imposition introduite par la réforme de l’impôt sur le revenu. Celle-ci repose désormais sur le chiffre d’affaires annuel des petites entreprises. Pour Edris Seid, économiste spécialiste de la fiscalité, ce mécanisme génère des distorsions importantes.
Il observe que certaines entreprises sont lourdement taxées simplement parce qu’elles sont étroitement surveillées par les agents du fisc. Chargés de maximiser les recettes, ces derniers se concentrent souvent sur les entreprises formelles qui s’acquittent déjà de leurs obligations, au détriment d’une approche plus équilibrée.
Une réforme aux conséquences économiques préoccupantes
Pour atténuer l’impact de cette transition, Edris Seid plaide pour une politique incitative plutôt que punitive. Selon lui, faciliter l’enregistrement et la formalisation des entreprises permettrait d’élargir l’assiette fiscale sans asphyxier les petits acteurs économiques. Une telle approche offrirait à l’État la possibilité de collecter davantage d’impôts tout en soutenant la croissance du tissu entrepreneurial.
En l’absence de mesures correctrices, les effets sont déjà visibles : en 2025, plus de 80 % des licences commerciales ont expiré, un phénomène directement lié aux montants jugés excessifs exigés par les autorités. Pour l’Éthiopie, l’enjeu dépasse la simple question budgétaire : il s’agit de trouver un équilibre durable entre mobilisation des recettes et préservation d’un secteur privé essentiel à l’économie nationale.












