Le 5 janvier 2026 marque un tournant critique dans les relations entre Cotonou et Niamey avec la suspension officielle des activités de l’ambassade du Bénin au Niger. Cette rupture, consécutive à une vague d’expulsions mutuelles de diplomates, fragilise les derniers ponts de dialogue entre la côte ouest-africaine et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Une rupture consommée par des expulsions croisées
L’escalade a atteint son paroxysme en ce début d’année. Le 1ᵉʳ janvier 2026, les autorités béninoises ont déclaré persona non grata deux officiels nigériens en poste à Cotonou : Illia Boukari, agent des services de renseignement (DGDSE), et Balkissa Ibrahim, commissaire de police. Soupçonnés par le gouvernement de Patrice Talon d’activités subversives, ces derniers ont dû quitter le territoire béninois le jour même.
La réponse de Niamey ne s’est pas fait attendre. Par mesure de réciprocité, le ministère nigérien des Affaires étrangères a notifié l’expulsion de Seidou Imourana, Premier conseiller de l’ambassade du Bénin au Niger, lui accordant un délai de 48 heures pour libérer ses fonctions. Ce climat de suspicion mutuelle, exacerbé par une tentative de putsch avortée au Bénin le 7 décembre dernier, semble avoir définitivement rompu le lien de confiance entre les deux voisins, aboutissant à la fermeture de la chancellerie béninoise à Niamey ce lundi 5 janvier.
Un séisme économique pour le Port de Cotonou et le pétrole nigérien
Au-delà des chancelleries, c’est l’économie régionale qui subit le contrecoup de cette guerre diplomatique. Le Port Autonome de Cotonou (PAC), poumon économique du Bénin et porte d’entrée traditionnelle des marchandises vers le Niger enclavé, voit ses performances s’effondrer. Alors qu’une baisse de 15 % du chiffre d’affaires avait déjà été enregistrée lors des premières tensions, le maintien de la fermeture des frontières terrestres par le Niger paralyse des milliers de camions et menace directement la sécurité alimentaire des populations sahéliennes.
L’autre point de friction majeur reste l’exportation du pétrole nigérien via le terminal de Sèmè-Kpodji. Alors que le Niger vise une production de 200 000 barils par jour en 2026, le blocage récurrent du pipeline sino-nigérien (Wapco) par le Bénin – en représailles à la fermeture des frontières – prive Niamey de revenus vitaux et Cotonou de taxes de transit substantielles. Ce bras de fer illustre la difficulté pour les États de la région de dissocier les querelles politiques des impératifs d’intégration économique.
Cette rupture consommée entre le Bénin et le Niger illustre la nouvelle géopolitique de l’Afrique de l’Ouest, désormais scindée entre les pays côtiers de la CEDEAO et le bloc souverainiste de l’AES. Si le dialogue reste officiellement l’option privilégiée par certains diplomates, la réalité des faits montre une région qui se fragmente, au détriment des flux commerciaux et de la lutte commune contre l’insécurité.
Pour mieux comprendre les enjeux de cette rupture, vous pouvez consulter ce reportage sur la crise entre le Niger et le Bénin et l’expulsion du diplomate béninois.












